Savoir pomper sans tâche!

Les modes de remplissage

Avec la collaboration de Stylographe magazine

www.lestylographe.com

 

Plume

Depuis l’invention du stylo à plume fiable par Lewis Edson Waterman en 1883, les fabricants ont rivalisé d’ingéniosité (plus ou moins efficace) pour remplir le réservoir du stylo avec ce liquide essentiel à son fonctionnement, qu’il dépose sur le papier, l’encre. Si les premières décennies ont été l’occasion d’essais rivalisant d’originalité, les choses semblaient fixées depuis les années 1950. Deux écoles coexisteraient?: les fidèles au piston d’une part, les adeptes de la cartouche d’autre part.

Vers le début des années 1960, en effet, ces deux modes de remplissage avaient écarté tous les autres systèmes : levier, bouton poussoir, seringue, compte-gouttes, etc. C’est l’émergence, dans les années 1990, du phénomène de la série limitée, qui va faire renaître, ici ou là, des systèmes qui semblaient définitivement relever du passé. Un parcours initiatique s’impose donc afin que vous puissiez, à loisir, choisir « votre » mode de remplissage.

  •  LA CARTOUCHE

A tout seigneur, tout honneur… La cartouche est devenue le mode de remplissage le plus diffusé. Après les sortes de cartouches en verre utilisées par Eagle en 1890, la véritable cartouche fiable est inventée par Waterman en 1936.
Il s’agit alors d’un petit tube de verre fermé par un bouchon de liège. La cartouche s’insère sur l’extrémité du conduit et elle est maintenue par un joint en caoutchouc. Le bouchon de liège fait office de flotteur favorisant l’écoulement de l’encre le long des parois internes de la cartouche. C’est une révolution, puisqu’elle permet à l’utilisateur du stylo de ne pas emporter avec lui le flacon d’encre ! Il existe à l’époque de petits étuis en résine noire destinés à protéger ces tubes lors du transport. Il faudra attendre 1953 pour voir Waterman remplacer le verre par un plastique transparent, beaucoup moins fragile, plus léger et encore plus fiable lors du transport.

 

De nombreuses cartouches en plastique sont obstruées par une bille qui vient jouer le même rôle que le bouchon de liège une fois la cartouche percutée. Sur de nombreux modèles de stylos, le simple vissage du corps sur la section suffit à percuter la cartouche, sur d’autres, la percussion se fait à la main, avant de refermer le stylo. L’invention est vite reprise par d’autres marques et la cartouche se développe très vite au détriment du levier, voire du piston. Aujourd’hui, de nombreuses maisons proposent des stylos à cartouche. La cartouche dite «?standard?» ou «?internationale?» est largement répandue mais n’a pas réussi à dissuader plusieurs fabricants de produire des stylos dotés de cartouches spécifiques, un peu comme si une Peugeot ne pouvait fonctionner qu’avec du carburant «?Peugeot?»…

 

On comprend la logique économique mais elle est ne tient que fort peu compte de l’intérêt du client… L’encre contenue dans les cartouches est en principe identique à celle des flacons et seuls les nuanciers sont moins large, même si certains fabricants d’encre proposent aujourd’hui, dans les dimensions «?standard?», de vastes palettes. Certains utilisateurs reprochent à la cartouche son aspect trop «?démocratique?» (un «?vulgaire?» plastique transparent), d’autres ses caractéristiques peu écologiques (l’idée du récipient que l’on jette après l’avoir vidé), d’autres enfin sa contenance limitée.

 Je connais des amateurs qui remplissent leurs cartouches à l’aide d’une seringue… Le principal reproche que l’on peut faire à la cartouche, c’est la difficulté de faire passer l’encre de celle-ci vers la plume lors de la première utilisation du stylo ou à la suite d’un stockage de l’instrument.

 Qui n’a pas secoué frénétiquement son stylo, une fois la cartouche percutée, en désespérant de voir l’encre faire son chemin?? Il y a des années, j’y ai laissé une plume, définitivement tordue lors de sa rencontre brutale avec le plateau de mon bureau…
Il suffit en fait de faire passer de l’eau dans la section pour faciliter grandement les choses.

 Il faut reconnaître que la cartouche est le mode de remplissage le plus commode pour qui voyage avec son stylo. Il est si simple de se déplacer avec un paquet de cartouches en poche pour éviter la panne sèche !
Il suffit en outre de retirer la cartouche lors des voyages en avion, ou d’en mettre une neuve, pour régler les problèmes de variations de pression générateurs de débordements intempestifs.

  • LE PISTON

 Pour un certain nombre d’amateurs, le piston est la preuve de l’aristocratie de l’instrument. C’est Pelikan qui invente ce mode de remplissage en 1929, faisant de nombreux émules parmi les fabricants allemands. D’autres marques adopteront aussi le piston, italiennes notamment. Le piston est en fait un mécanisme qui crée un vide à l’intérieur du corps du stylo par déplacement d’un joint en caoutchouc, cette dépression ayant pour effet d’aspirer l’encre dans le réservoir. Le déplacement du joint s’opère au moyen d’une vis sans fin manœuvrée par un bouton tournant dissimulé par un capot, au bout du corps du stylo, ou faisant directement office d’extrémité. L’usage d’un piston impose bien entendu le flacon d’encre. Le mécanisme du piston prend de la place à l’intérieur du corps au détriment de la capacité d’encre. Comme (presque) tous les systèmes mettant en œuvre un flacon d’encre, le piston impose que l’excédent d’encre retenu par les ailettes du conduit soit nettoyé après remplissage et avant usage. Malgré ces quelques inconvénients, le piston présente par rapport à la cartouche l’avantage de faire passer l’encre dans le conduit lors du remplissage, ce qui facilite largement la mise en route du stylo, l’ébonite du conduit (le conduit est en ébonite sur les modèles de qualité) ayant été «?mouillée?» lors du chargement. La plupart des fabricants qui recourent au piston préconisent de réaliser les opérations comme suit :

 1 :   ouvrir le flacon d’encre.

2 :   positionner la plume dans l’encrier puis manœuvrer le piston vers le bas (sans forcer en bout de course) afin de chasser l’air et les gouttes d’encre résiduelles (cette opération peut être réalisée sous un  filet d’eau si l’on change de couleur d’encre afin d’éviter de «?contaminer?» le flacon avec une autre couleur).

3 : plume toujours totalement immergée, remonter le piston par rotation du bouton jusqu’à la butée et toujours sans forcer (certains stylos disposent d’un cliquet évitant les forçages).

4 : extraire la plume du liquide, mais pas du flacon, et redescendre le piston pour libérer trois gouttes.

5 : mettre le stylo plume en haut et serrer à fond le bouton du piston de manière à aspirer les excédents d’encre contenus dans les ailettes du conduit.

6 : essuyer la plume. Le stylo est prêt à l’usage.

 

  • CONVERTER (ou «?convertisseur?»)

Le convertisseur n’est rien d’autre qu’un piston amovible permettant de remplir un stylo à cartouche en utilisant un flacon d’encre. La contenance est bien entendu limitée mais le convertisseur permet de recharger n’importe quel stylo à cartouche (compatible) avec n’importe quelle encre. Il existe des modèles de convertisseur à pompe que l’on manœuvre en appuyant plusieurs fois sur l’extrémité, la plume étant immergée dans l’encre. Ils présentent en principe une capacité améliorée. La plupart des convertisseurs ont exactement les dimensions d’une cartouche «?internationale?» et il est dès lors possible de les transporter dans l’étui cartonné qui renferme les cartouches de rechange. A côté de ces modes «?classique?» de remplis-sage, on a vu fleurir ces deux dernières décennies des systèmes de remplissage que l’on croyait définitivement rangés au rang des pièces de musée. Une visite s’impose…

 

  • EYEDROPPER

Le mode de remplissage primitif, celui auquel recouraient tous les stylos avant 1910, se pratiquait avec un compte-gouttes (« eyedropper » en anglais), l’encre étant alors contenue directement dans le corps du stylo. Certains stylos modernes sont revenus à cette bonne vieille méthode. Il faut reconnaître qu’elle présente l’avantage d’une contenance très supérieure à celle de n’importe quel autre stylo de taille comparable. Autre avantage : c’est mécaniquement simplissime ! Aucune pièce mobile, aucune pièce rapportée ! Un eyedropper, ça ne tombe jamais en panne. Tout au plus la pipette risque-t-elle de casser si elle est en verre, mais cela se remplace aisément, et une simple seringue peut parfaitement convenir.

 Manipulations auxquelles il faut procéder :

- Ouvrir le flacon d’encre (comme pour un stylo à piston).

- Dévisser la section pour libérer l’accès  au corps du stylo (comme pour les stylos à cartouche).

- Saisir le corps d’une main en le tenant verticalement, pendant que l’autre main a saisi le              

  compte-gouttes.

- Remplir le compte-gouttes au flacon.

- Remplir avec précaution le corps avec l’encre en laissant le niveau du liquide à environ 5 mm en dessous du bord de l’orifice.

- Poser le compte-gouttes (sans tout souiller avec de l’encre…).

- Revisser la section sur le corps, l’ensemble étant tenu verticalement, section vers le haut.

- Remettre le capuchon sur le stylo et le bouchon sur le flacon…

 

Pas si simple… ?

Avec un peu de pratique, vous y arriverez sans vous tacher les doigts, le plateau de votre bureau et les manches de votre chemise !

 

  • EYEDROPPER A TIGE DE SECURITE

Il s’agit d’un eyedropper se remplissant comme tel (voir ci-dessus) mais le corps abrite une tige, montée sur un bouton situé à l’extrémité du corps. Le système est souvent utilisé sur les stylos japonais. Si on dévisse légèrement ce bouton, la pointe de la tige s’écarte de l’orifice interne de la section et l’encre peut passer dans le conduit. Si on revisse à fond le bouton, la tige descend et vient obturer cet orifice. Une fois la section et le conduit vidés de l’encre, le stylo n’écrit plus, l’encre contenue dans le réservoir étant isolée. Ce mécanisme est pratique pour les voyages en avion mais il nécessite une manœuvre supplémentaire lors de chaque séance d’écriture (dévissage léger du bouton de l’extrémité du corps).

  •   LEVIER

« Donnez-moi un point d’appui et un levier, et je soulèverai le monde ! »… Archimède ne parlait bien entendu pas de celui du stylo !  Pour ma part, ce sera : donnez moi un levier et je remplirai votre stylo ! Le principe, inventé par Sheaffer’s il y a cent ans, est simple : un levier permet de manœuvrer une barre de compression. Quand on soulève ce levier, la barre écrase la poche en caoutchouc située dans le corps du stylo, ce qui en expulse l’air. Si l’opération et réalisée alors que la plume est immergée dans le flacon d’encre, des bulles apparaissent… En replaçant le levier dans son logement, la barre relâche le sac qui, par dépression, aspire l’encre, et le voilà rempli !

 

Il est inutile de « pomper » plusieurs fois, comme le faisaient les Shadocks : une fois suffit. Il est en revanche important de veiller à ce que la plume reste immergée pendant toute l’opération de remplissage (de la position « levier perpendiculaire au stylo » à la position « levier de retour dans son logement ») et y demeure quelques secondes après que le levier a retrouvé sa place dans le corps. Si on sort la plume dès que l’on a rabattu le levier, le remplissage ne sera que partiel, ce qui donnera l’impression que la contenance du stylo est modeste. Je précise qu’il est prudent de contrôler de temps en temps l’état et la souplesse du sac en caoutchouc (ou en silicone) : s’il se fend, l’encre se répand et ne manque jamais de s’échapper par l’orifice du levier… Un sac percé peut, bien entendu, se remplacer.

 

  • LE BOUTON-POUSSOIR

Le bouton- poussoir n’est en fait qu’une variante du levier. Au lieu d’être manœuvrée par un levier, la barre de compression est activée par un bouton de métal situé à l’extrémité du corps et en général dissimulé par un capot. Comme pour le levier, une pression, voire deux au maximum, suffisent pour remplir la poche de caoutchouc. De même, on veillera à bien maintenir la plume immergée le temps que l’encre « monte » dans le sac.

 

  • LE PISTON A SERINGUE

Il s’agit d’un système apparu sur certains stylos Sheaffer, il y a une cinquantaine d’années. Plusieurs variantes de ce système sont mises en œuvre par certaines marques pour leurs stylos modernes. On dévisse l’arrière du corps pour libérer la barre qui maintient un joint à l’intérieur du corps, comme une seringue. On tire cette barre jusqu’en butée, puis on repousse l’ensemble à fond, la plume étant immergée dans l’encre. Il se crée en arrière du joint une dépression qui aspire l’encre dans le corps. Il serait fastidieux de décrire l’ensemble des systèmes qui s’inspirent de celui de Sheaffer mais quelques conseils sont essentiels pour éviter les déconvenues.

 -    Il faut que la plume reste immergée quelques secondes (c’est long trois secondes !) après que la barre a été repoussée dans le corps du stylo.

 -    Il faut veiller à ne pas tordre la barre lors de l’opération. Cela compromettrait son fonctionnement et l’étanchéité du dispositif. Je signale que certains mécanismes de cette nature sont assez durs à la manœuvre et le risque de torsion est réel. Il faut alors maintenir fermement le stylo dans une main, l’autre actionnant la barre.

 -    De même, lorsqu’on repousse la barre, l’effort                demandé peut parfois faire glisser le stylo de la main qui le maintient, et le risque d’endommager la plume au fond du flacon est réel.

 Je conseille donc de faire l’opération «?à vide?» avec de l’eau, au-dessus d’un évier, pour se familiariser avec la manœuvre avant de la réaliser avec de l’encre dans un flacon !  Des gouttelettes chargées d’encre peuvent apparaître le long de la barre lorsqu’elle est tirée en arrière. Il faut alors faire réviser le stylo. On peut aussi traiter la barre avec un chiffon imbibé de silicone, les résultats peuvent être bons.

 

Voilà, notre petit voyage au pays du remplissage se termine. Vous savez tout, ou presque. Il vous reste à pratiquer assidûment!

 Je vous rappelle, à toutes fins utiles, que tous ces mécanismes, du plus simple au plus complexe, demandent de l’attention ainsi qu’un minimum de douceur et de discernement. Il n’est pas interdit de lire les modes d’emploi lors de l’achat du stylo, voire de demander en boutique une démonstration…

 Enfin, sachez qu’un peu d’encre sur les doigts… n’a   jamais tué personne, sauf dans le terrible film «?Le Nom de la Rose?»



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